Lorsque l’on pense à l’imprimerie, un nom vient immédiatement à l’esprit : Gutenberg. Mais cette association occulte une histoire bien plus vaste, complexe et mondiale que ne le laisse entendre la version occidentale traditionnelle. Dans L’histoire méconnue de l’imprimerie, Léwis Verdun remonte aux racines profondes de cette technologie qui a bouleversé la transmission du savoir. À travers un récit clair et documenté, il dévoile l’ampleur des innovations venues d’Asie, l’impact de l’imprimerie sur la modernité européenne, et les mutations en cours à l’ère numérique et écologique.

Cet article s’inspire de ce livre pour explorer un sujet connexe et fondamental : comment l’innovation technologique façonne durablement la manière dont les sociétés produisent, diffusent et conservent le savoir. En retraçant les jalons oubliés de l’imprimerie, nous mettrons en lumière une vérité essentielle : l’évolution des technologies de l’écrit est toujours liée à des dynamiques culturelles, économiques et politiques — et cela reste vrai aujourd’hui avec l’impression 3D, les encres écologiques ou la dématérialisation.

Une invention occidentale ? L’imprimerie a des racines bien plus anciennes

La plupart des manuels d’histoire datent l’invention de l’imprimerie à 1450, avec la presse de Gutenberg. Pourtant, comme le démontre Léwis Verdun, l’histoire réelle est bien plus ancienne et surtout, bien plus globale. En Chine, la xylographie (impression sur bois) était pratiquée dès le VIIᵉ siècle, notamment pour reproduire les sutras bouddhiques. En Corée, l’usage des caractères mobiles métalliques remonte à 1234, avec des exemples spectaculaires comme le Jikji, imprimé en 1377, soit 78 ans avant Gutenberg.

Pourquoi ces faits sont-ils si peu connus ? Parce que l’histoire de la technologie a longtemps été écrite depuis l’Europe, en négligeant les contributions asiatiques. Pourtant, ces avancées ont posé les bases d’une révolution de l’écrit bien avant que l’Occident ne s’en empare. L’objectif de Verdun est justement de rendre justice à cette chronologie oubliée, en insistant sur la richesse des traditions orientales d’impression.

Reconnaître ces racines permet aussi de mieux comprendre les voies divergentes qu’a prises la technologie selon les contextes culturels. Là où l’Europe a utilisé l’imprimerie pour diffuser la Bible et soutenir la Réforme, l’Asie l’a mobilisée pour préserver et transmettre le savoir bouddhique.

L’imprimerie comme vecteur de transformation sociale et économique

Si l’histoire ancienne de l’imprimerie est trop souvent négligée, son impact en Europe est mieux documenté — et à juste titre. Avec l’imprimerie moderne, le savoir sort des monastères pour atteindre les universités, les villes et les marchés. C’est une transformation radicale qui concerne autant la religion (Réforme protestante) que la science (diffusion des travaux de Copernic, Galilée, Newton) ou encore l’économie (essor des journaux, des publications techniques, de la publicité).

L’imprimerie a ainsi contribué à forger l’Europe moderne en favorisant l’alphabétisation, la standardisation du langage et la circulation des idées. Ce n’est pas un hasard si les grandes révolutions intellectuelles et politiques des Temps modernes coïncident avec l’essor de la presse imprimée.

L’auteur souligne cependant que cette transformation ne s’est pas arrêtée au XIXᵉ siècle. Avec l’arrivée de l’industrialisation, de nouveaux procédés comme l’impression offset, la rotative ou la photogravure ont permis une production massive de livres, de journaux, de manuels techniques, modifiant à nouveau la portée sociale de l’écrit.

De l’Asie ancienne à l’impression 3D : des mutations toujours en cours

Aujourd’hui, l’imprimerie connaît une nouvelle mue. Les supports numériques, l’impression à la demande, les technologies sans papier, mais aussi les imprimantes 3D, bouleversent à nouveau notre rapport au texte, à l’image, et même aux objets.

Léwis Verdun consacre une partie de son ouvrage aux innovations récentes comme les encres écologiques, les métamatériaux imprimés, ou les procédés sans déchets, qui prolongent la logique de diffusion rapide, mais avec une conscience environnementale croissante. Cette convergence entre technologie et écologie ouvre un champ immense de réinvention.

On imprime aujourd’hui non seulement des livres, mais aussi des maisons, des prothèses médicales, des circuits électroniques. Cela élargit le champ traditionnel de l’imprimerie à celui de la fabrication additive, où l’enjeu n’est plus seulement de reproduire du texte, mais de matérialiser des idées.

En ce sens, l’imprimerie continue d’être une technologie révolutionnaire. Elle ne cesse d’évoluer en réponse aux besoins sociétaux, tout comme elle l’a fait il y a des siècles. La question n’est plus de savoir si elle est dépassée, mais de comprendre dans quelle direction elle évolue.

Repères pratiques : comment repenser notre héritage technologique aujourd’hui ?

Pour mieux appréhender les enjeux actuels autour de l’imprimerie et de la diffusion du savoir, voici quelques axes de réflexion concrets inspirés du livre :

À explorer : les étapes clés de l’imprimerie mondiale
VIIᵉ siècle : premières impressions xylographiques en Chine
1234 : caractères mobiles métalliques en Corée
1377 : Jikji, premier livre imprimé avec des caractères mobiles
1450 : presse de Gutenberg en Allemagne
XIXᵉ siècle : impression industrielle (rotative, offset)
XXIᵉ siècle : impression 3D, éco-impression, impression à la demande

Questions pour l’enseignement ou les débats culturels
Pourquoi l’histoire occidentale de l’imprimerie a-t-elle longtemps occulté les origines asiatiques ?
L’imprimerie a-t-elle favorisé la démocratisation du savoir ou l’uniformisation des idées ?
Peut-on encore parler de “livre” à l’ère de la lecture numérique et de la fabrication additive ?
Comment concilier diffusion rapide de l’information et respect de l’environnement ?

À lire, à voir, à visiter
Le Jikji, conservé à la Bibliothèque nationale de France
L’exposition virtuelle de l’UNESCO sur l’histoire de l’imprimerie
Les recherches sur les métamatériaux imprimés dans les grandes universités techniques

La force du livre L’histoire méconnue de l’imprimerie, c’est qu’il ne se contente pas de rétablir la vérité historique : il invite à une réflexion plus large sur notre rapport à la technologie, au savoir, et aux récits que nous construisons sur le progrès. Dans un format accessible, riche en exemples et appuyé sur des sources solides, Léwis Verdun remet l’imprimerie au cœur des mutations culturelles et sociales passées, présentes et futures.

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