À l’ère du flux continu, des filtres embellissants et des vidéos virales, nos vies se déroulent souvent à travers l’objectif de nos écrans. Mais que reflètent réellement ces images parfaites ? Sont-elles des représentations fidèles du monde ou des constructions savamment manipulées ? Inspiré du livre Les réseaux sociaux, miroirs déformants de Léwis Verdun, cet article explore un thème aussi essentiel qu’urgent : l’impact des réseaux sociaux sur notre perception du réel.

Sans dévoiler l’intrigue du livre, nous aborderons ici les mécanismes invisibles – mais puissants – par lesquels ces plateformes façonnent nos idées, émotions et comportements. Entre illusion collective et vérité algorithmique, il devient crucial de développer notre esprit critique et de redéfinir notre rapport au numérique.

Les réseaux sociaux : une réalité recomposée à chaque scroll

Les réseaux sociaux ne se contentent plus de relayer le réel : ils le recomposent, le filtrent, le scénarisent. À chaque instant, l’utilisateur est exposé à une réalité algorithmique – une version personnalisée du monde, sélectionnée par des calculs invisibles en fonction de ses clics, de ses goûts supposés ou de ses précédentes interactions.

Ce phénomène, bien connu sous le nom de bulle de filtre, crée une illusion de consensus. En recevant en priorité des contenus qui confirment nos opinions ou suscitent une réaction émotionnelle forte, notre vision du monde se polarise. Ce mécanisme nourrit les radicalisations, renforce les biais cognitifs et altère notre capacité à nuancer les points de vue.

Ce que nous voyons en ligne n’est donc pas le reflet du réel, mais une projection optimisée pour capter notre attention – un miroir déformant, au sens propre du terme.

Quand l’image devient norme : impacts sur l’estime de soi et le corps

Instagram, TikTok et Snapchat façonnent des standards esthétiques inaccessibles. Les filtres lissants, les corps sculptés par l’IA, les mises en scène parfaites participent à un phénomène de dissociation entre le corps vécu et le corps perçu.

Les adolescents et jeunes adultes sont particulièrement vulnérables à ces normes irréalistes. Selon une étude publiée par la Royal Society for Public Health au Royaume-Uni, l’usage excessif de ces plateformes est corrélé à une augmentation des troubles anxieux, dépressifs et des troubles de l’alimentation chez les jeunes.

L’enjeu n’est pas seulement individuel. Ces représentations biaisées du corps génèrent une culture de la performance permanente, où l’apparence devient un critère de valeur. Le sentiment de ne jamais être « assez bien » est alimenté par un flux constant de comparaisons toxiques.

Derrière ces photos idéales se cache donc une réalité psychologique bien plus sombre, où l’image devient tyrannie.

Entre vérité et manipulation : les dangers des deepfakes et de la désinformation

Avec l’essor des deepfakes – ces vidéos hyperréalistes générées par l’IA – la frontière entre réel et fiction devient de plus en plus floue. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui le théâtre privilégié de la désinformation visuelle, avec des implications majeures pour la démocratie, la sécurité et la cohésion sociale.

Les élections, les crises sanitaires, les conflits géopolitiques sont désormais accompagnés de vagues de fake news visuelles, capables d’influencer massivement l’opinion publique. En 2024, plusieurs institutions, dont l’OMS et l’Union européenne, ont mis en place des régulations pour encadrer ces dérives et protéger les populations, notamment les mineurs.

Mais la réponse ne peut être uniquement légale ou technologique. Elle doit aussi être éducative. Comprendre les mécanismes de création et de diffusion des contenus est aujourd’hui une compétence citoyenne essentielle.

Reprendre le contrôle : pour une culture numérique responsable

Face à ces dérives, des contre-mouvements émergent. Associations, éducateurs, psychologues, mais aussi de simples utilisateurs s’organisent pour promouvoir une utilisation consciente et critique des réseaux sociaux.

Voici quelques pistes concrètes pour se réapproprier son rapport au numérique :

  • Limiter le temps d’écran : Utiliser les réglages de temporisation des applications ou des outils comme Forest ou Freedom pour réduire la dépendance

  • Varier ses sources d’information : Ne pas se contenter des fils d’actualité personnalisés, mais chercher activement des contenus contradictoires

  • Désactiver les notifications non essentielles : Pour ne pas vivre au rythme des sollicitations algorithmiques

  • S’informer sur les biais des algorithmes : Par des lectures, des vidéos éducatives ou des modules de sensibilisation à l'esprit critique numérique

  • Pratiquer la déconnexion régulière : Revenir à des moments sans écrans pour revaloriser les relations humaines et l’attention pleine

Ces pratiques, simples en apparence, permettent à chacun de redevenir acteur – et non victime – de son expérience numérique.

Réseaux sociaux : outil de domination ou d’émancipation ?

C’est toute l’ambivalence de ces plateformes que Léwis Verdun explore dans Les réseaux sociaux, miroirs déformants. Derrière les dangers bien réels, il rappelle aussi le potentiel d’émancipation que recèlent ces espaces numériques.

Mobilisations citoyennes, solidarité en ligne, éducation populaire, voix des minorités : les réseaux peuvent être aussi des instruments de transformation sociale, à condition de les utiliser avec lucidité. L’auteur insiste sur la nécessité de transparence des plateformes, de régulation ambitieuse, et d’une responsabilité partagée entre utilisateurs, entreprises et pouvoirs publics.

Ce mini-livre est une excellente porte d’entrée pour comprendre les enjeux complexes du monde numérique contemporain. Il propose une vision équilibrée, documentée et engagée – sans tomber ni dans le catastrophisme, ni dans l’angélisme.

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