Les rituels ne sont pas une relique figée dans le passé : ils constituent encore aujourd’hui une clef d’interprétation puissante pour comprendre nos comportements collectifs et nos structures sociales. À l’heure où la science et la technologie semblent dominer, pourquoi le symbolique et le sacré persistent-ils ? Et comment les pratiques oubliées d’autrefois influencent-elles encore nos façons de vivre, de croire et de nous réunir ?

À travers l’ouvrage Les rites anciens oubliés de Léwis Verdun, publié par les éditions Five Minutes, c’est une redécouverte fascinante de traditions millénaires que nous propose l’auteur. En s’appuyant sur les dernières découvertes archéologiques de 2024-2025, ce livre nous invite à comprendre l’importance universelle du rituel dans l’histoire humaine. Ce thème nous pousse à poser une question centrale : le rite a-t-il disparu, ou s’est-il transformé ?

Le besoin humain de rituels : une constante anthropologique

Depuis les origines, les rites accompagnent les grandes étapes de l’existence humaine : naissance, mort, initiation, guérison, alliance. Ils structurent les sociétés, permettent la transmission des valeurs et offrent un cadre face à l’inconnu.

Des fouilles récentes ont révélé des banquets funéraires dans la culture de Kerma (actuel Soudan), où les vivants partageaient symboliquement un repas avec les défunts. De tels rituels, loin d’être anecdotiques, reflètent une organisation sociale, une vision du monde et une gestion du deuil profondément symbolique.

Aujourd’hui encore, bien que souvent désacralisés, nos pratiques contemporaines (mariages, anniversaires, cérémonies laïques) empruntent les mêmes structures que ces rituels anciens. Ce phénomène souligne une vérité profonde : le rituel est une réponse culturelle à des besoins existentiels universels.

Le pouvoir du symbole dans les sociétés modernes

À l’ère du numérique, on pourrait penser que la rationalité aurait relégué les rites au second plan. Pourtant, les rituels se sont simplement déplacés vers de nouveaux territoires.

Dans les stades, lors des concerts, ou même sur les réseaux sociaux, les comportements rituels sont omniprésents. On y retrouve des gestes répétés, des chants, des codes vestimentaires et une mise en scène du collectif. Comme dans les anciens sacrifices ou les cérémonies de passage, ces pratiques créent de l’appartenance, du lien, et parfois même de la transcendance.

Un parallèle saisissant peut être établi entre certaines pratiques décrites dans Les rites anciens oubliés – comme les dépôts rituels d’« argent du diable » aux Pays-Bas – et nos rituels économiques modernes : dons symboliques, échanges lors d’événements caritatifs, ou encore les étranges rituels du monde de la finance.

Rituels thérapeutiques et quête de sens aujourd’hui

L’un des apports les plus puissants de l’anthropologie des rites est leur fonction thérapeutique. Le livre de Léwis Verdun explore cette dimension en s’intéressant aux offrandes végétales cachées sous un terrain de balle mésoaméricain ou aux sacrifices de chevaux dans les steppes de l’Oural – autant de gestes qui dépassaient le simple pragmatisme pour agir sur un plan symbolique et spirituel.

Aujourd’hui, la résurgence des pratiques dites « alternatives » ou « spirituelles » – comme les cercles de parole, les retraites chamaniques ou les rituels néo-païens – traduit ce même besoin de guérison symbolique. Face à l’individualisme et à la perte de repères, les rituels offrent un espace où l’individu peut se reconnecter au groupe, à la nature, ou à lui-même.

Ces pratiques ne sont pas un simple effet de mode : elles répondent à une quête de sens de plus en plus présente dans les sociétés contemporaines. En ce sens, elles prolongent une histoire millénaire que l’ouvrage met admirablement en lumière.

Ce que les rites anciens nous apprennent sur notre avenir

Comprendre les rites oubliés, c’est aussi mieux saisir notre rapport au changement, à l’innovation, et à la tradition. L’ouvrage met en évidence comment certains rites ont été adaptés ou syncrétisés, d'autres totalement abandonnés. Ce processus est comparable aux transformations culturelles d’aujourd’hui : religions qui évoluent, traditions qui se métissent, pratiques anciennes qui se réinventent.

À travers des exemples comme Stonehenge, dont les fonctions exactes nous échappent encore, ou les rituels australiens transmis sur douze millénaires, l’auteur nous pousse à poser un regard nouveau sur la mémoire collective. Et si l’avenir de l’humanité dépendait aussi de sa capacité à se souvenir ?

Ces pratiques anciennes ne sont pas seulement des vestiges : elles nous offrent un miroir, une matrice de compréhension de notre monde actuel. Le rituel, loin d’être une nostalgie, pourrait bien être une ressource pour penser l’avenir.

Outils pratiques pour comprendre et analyser les rituels

Voici quelques pistes concrètes pour intégrer la réflexion sur les rites dans vos lectures, vos recherches ou votre vie quotidienne :

5 clés pour décrypter un rituel :

  • Fonction sociale : À quoi sert-il dans le groupe ?

  • Symbolique : Quels objets, gestes ou paroles sont utilisés ?

  • Temporalité : Est-il lié à un moment particulier (saison, cycle de vie) ?

  • Participants : Qui y prend part, qui l’organise ?

  • Transformation : Quel changement vise-t-il (de statut, de conscience, de perception) ?

Exemples d’analyses à faire chez vous :

  • Observer un rituel local (religieux, familial, sportif) et en analyser la structure.

  • Comparer deux rites similaires issus de cultures différentes.

  • Lire une œuvre littéraire ou cinématographique à travers la grille rituelle.

Les rites anciens oubliés est bien plus qu’un ouvrage de vulgarisation : c’est un pont entre les mondes passés et notre époque, entre la pierre gravée et l’algorithme, entre les offrandes végétales et les réseaux sociaux. En revisitant des traditions longtemps enfouies, Léwis Verdun nous offre une réflexion profonde sur notre besoin de sacré et notre quête de sens.

Découvrez Les rites anciens oubliés dès maintenant sur FIVE MINUTES.